_______Prenez douze jeunes au rêve de
Woodstock et à
l'aventure facile. Lâchez-les dans un festival, filez-leur des bières pression fraîches, donnez-leur du vrai
rock à écouter et voyez le résultat: une jeunesse défoncée de musique sous une pluie glaciale en plein mois de juillet. On est parti un vendredi 11 juillet à cinq heure du matin, après une nuit de quelques heures précédée par des
éclats de rire entre Maffiew, Cassie et moi; on est revenu un lundi 14 juillet aux alentours de quinze heure cette fois-ci après trois jours de bonheur et un trajet en train plutôt fatigué.
_______On pouvait imaginer nos trois jours de galère rien qu'en voyant nos chaussures: de la boue pleins le plastique blanc déjà bien usé de nos
converses de toutes les couleurs tristement déteintes à cause de la pluie et de la saleté.
Rock'n'roll honey! On s'est déchainé sur du
Patti Smith en pensant à ce festival qui s'est déroulé il y a déjà 29 ans de ça à Bethel, dans les mêmes conditions. J'ai chanté comme une groupie toutes les chansons des
BB Brunes avec Laetitia, pensé que je pouvais mourir desuite après "ocean" de
John Butler et rigolé devant
Thomas Dutronc. J'ai couru avec Cassie, Laetitia, Marilys et Charlotte sous
une pluie battante pour rejoindre le camping. On rigolait comme des
connes complètement débiles parce-qu'on était un peu trop heureuses. Il n'y avait plus rien dans nos esprits, juste courir toujours tout droit. "Merde, il est où le camping? on finira bien par le trouver, t'inquiète! et notre tente? c'est celle-là? vite Cassandre cours y'a un type à l'intérieur il ouvre la fermeture éclair! "
_______On était là
bordel, on respirait et on avait des rêves pleins les yeux. Dormir dans une tente inondée? porter des habits humides? se laver dans une douche crade? courir pieds nus dans l'herbe trempée? sortir en caleçon ridicule? s'imiscer dans la conversation de nos voisins de tente? se prendre les pieds dans les fils des tentes et les désardiner? je suis partante! J'étais là! Notre corps ne voulait que danser et boire de la bière fraîche. Et au fond, quoi de plus important que
la musique... une chose. C'était le dimanche soir, aux alentours d'une heure du matin. La pluie tombait encore mais ça n'avait pas d'importance, après avoir vu
John Butler Trio jouer. Cassie, Laetitia et moi, un bar sur le port, un chocolat chaud, un grand verre d'eau. De l'amitié, vous savez.
On était toutes les trois, comme avant, quand nous ne jurions que par nos esprits de déglinguées. Elle était encore en vie, il y avait encore son sourire. Celui du bonheur. J'étais tellement pomée qu'en soirée je n'étais plus moi, mais j'étais heureuse. Enfin je crois. Bien des années lumières plus tard, nous voilà réunies autour d'une table à siroter quelque chose de chaud pour oublier nos habits trempés. On rit, on pleure, on critique, on s'extasie, on s'embrasse, on se serre dans les bras. On vivait.
Certains de mes compagnons de route : Maffiew
*, Cassie
*, Margot
*, Céline
* " La musique est peut-être l'exemple unique de ce qu'aurait pu être - s'il n'y avait pas eu l'invention du langage, la formation des mots, l'analyse des idées - la communication des âmes. "
Marcel Proust
JE REPARS pour La Rochelle.